Jeudi 7 décembre 2006 à 19 heures
Le Nor Seround y était...
Au Centre culturel Anatolie de Paris pour une conférence autour de Didier Billon (directeur adjoint de l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) et spécialiste du Moyen-Orient.) pour son livre L'Enjeu Turc, exposé à décharge pour une Turquie en Europe.
Après avoir suivit la conférence de Didier Billon (voir ci-dessous le résumé du propos et des idées de Billon), les jeunes du Nor Seround présents, en la personne d'Anahid (notre trésorière), ont tenté pendant les vingt minutes d'échange avec l'auditoire de poser une question relative aux droits de l'Homme en Turquie et plus particulièrement à la négation du génocide arménien. La main est restée levée pendant une bonne dizaine de minutes, ignorée par le Dr Demir Onger, directeur du Centre culturel Anatolie et animateur du débat (ou plutôt "recadreur", puisqu'il ne se gênait pas de donner son avis, bien plus tranché, sur les questions épineuses qui étaient posées).
Une amie française de la cause kurde ayant demandé l'avis de Billon sur les lois liberticides de la Turquie envers les kurdes, prenant l'article 301 du code pénal turc (selon laquelle le dénigrement public de l'identité turque, de la République ou de la Grande Assemblée nationale turque sera puni de six mois à trois ans d'emprisonnement. Le dénigrement public du gouvernement de la République de Turquie, des institutions judiciaires de l'Etat, des structures militaires ou sécuritaires, sera puni de six mois à deux ans d'emprisonnement. Dans les cas où le dénigrement de l'identité turque sera commis par un citoyen turc dans un autre pays, la peine sera accrue d'un tiers. ), Billon a été obligé de constater que la Turquie avait peut-être un peu de chemin à parcourir, à quoi Onger a ajouté des élucubrations de circonstance sur le terrorisme kurde, sur l'origine kurde de certains députés, etc.
Par la suite, le débat s'est transformé en psychothérapie de groupe, une femme française comparant ses expériences de vie de couple successives avec un turc et un kurde, un turc s'emmêlant dans son complexe de l'étranger et appelant à un mépris des français et à la fierté turque, etc.
Billon a pour sa part tout d'abord essayé de recadrer le débat, mal aidé en cela par Onger qui rajoutait du feu aux propos radicaux de certains turcs présents dans la salle, répondant à côté de certaines questions, avant de se taire complètement...
INTERVENTION DU NOR SEROUND
Ainsi, lorsque la conférence était sur le point de se terminer, Anahid s'est levée, n'acceptant pas d'être complètement zappée, obligeant Onger à lui donner le micro.
Elle a demandé ce que pensait Billon des atteintes aux droits de l'Homme de l'état turc, donnant comme exemple le cas d'un cousin qui avait été obligé d'écrire une rédaction commandée par le ministère turc de l'éducation sur "le mensonge du génocide arménien".
Billon n'a pas répondu, laissant le soin à une dame représentante de l'ambassade turque constamment présente dans les conférences turques dont le travail est de répondre aux questions sur le génocide d'éluder la question en parlant des commissions d'historiens proposés par Erdogan, suivit par une tirade inspirée du vice-consul turc sur la question, et achevé de la plus détestable des façons par Onger qui s'était levé afin d'éructer des propos négationnistes en pointant le doigt vers nous.
CONFERENCE OFF ANTI-NEGATIONNISTE IMPOVISEE
Nous avons dû sortir de la salle sur injonction des organisateurs, nous contentant de tracter devant la porte afin de sensibiliser le public turc de cette conférence sur la question du génocide. Cela n'a pas eu le don de plaire à Onger qui nous a menacés à plusieurs reprises de nous « casser la gueule » et d'envoyer « un commando devant chez vous ». La secrétaire du centre Anatolie, elle, a menacé d'appeler la police pour nous déloger des abords du centre, se rendant par la suite compte qu'en France, les trottoirs ne sont pas soumis à la censure de la loi turque et que la police française aurait été plus enclin à mettre en garde Onger contre ses velléités agressives envers nous. Le public a, lui, plutôt bien accueilli notre tractage, discutant avec nous, certains turcs s'amusant même à nous dire un ou deux mots arméniens. La fille qui avait défendu les kurdes nous a soutenu et discuté des causes arménienne et kurde à nos côtés.
Le Nor Seround, qui a fait preuve de retenue et de respect, est parvenu à montrer la fermeté de son combat face à la vulgarité et aux tentatives d'Onger et cie de l'empêcher de parler. Il réfléchit quant à la suite à donner aux propos de Onger qui a menacé l'intégrité physique de ses membres, ne rejetant pas l'éventualité d'un dépôt de plainte au commissariat du 9ème arrondissement.
Elle s'engage à être d'autant plus déterminée à être présente durant ce genre de conférence qu'elle mesure l'ignorance dans laquelle le public turc et français sont acculés à cause de notables tels que Mr Onger qui tentent de la censurer et de la chasser des "vrais-faux débats" qu'ils organisent.
Qui est Didier Billon ?
Il est celui qui a dit, au plus fort de la cabale médiatique contre la loi punissant le négationnisme du génocide arménien : « Si personne ne nie l'horreur des événements de 1915 qui ont décimé tant de familles arméniennes et nombre de Turcs, force est de constater que le consensus ne s'est pas encore réalisé sur la qualification exacte des responsabilités. »
Libération (rubrique "Rebonds"), jeudi 18 mai 2006 cité par le site négationniste Tête de Turc
Quel est son propos quant à la Turquie dans l'Europe ? Il s'attache à démontrer que la Turquie est un pays à vocation européenne et que son intégration sera la preuve donné par l'Europe au monde en vertu de valeurs universelles et laïques.
Quelles sont ses idées ? Il se dit farouchement laïc, d'où sa fascination pour le seul pays musulman à avoir inscrit la laïcité dans l'Etat. Au plus fort de la crise irakienne, Billon s'est attaché à décrire, en tant que spécialiste de la Turquie au sein de l'IRIS, un pays en but aux extrémismes et qui est leur plus grand rempart, devenant par conséquent la cible de ces extrémistes. Billon est de ceux qui voient en la Turquie un exemple à bonifier afin d'en faire un exemple pour le Moyen-Orient : en l'invitant en Europe, on pourrait ainsi payer la Turquie pour ses bons services à l'occident laïc et républicain et lui donner l'aura nécessaire pour devenir le modèle nécessaire à la région la plus déstabilisée au monde.